BERNIER Charles
COULON Edouard
DEBOVE Charles
DUFRANE Joseph dit « Bosquétia »
MASSON Fulgence
MONEUSE Antoine-Joseph
MULPAS Georges
MUSIN Louis
PIERARD Louis
REGNART Victor
VERHAEREN Emile


BERNIER Charles

Charles Bernier est né à Angre le 1er juin 1871.

En 1881, il entre à l’école et c’est de cette époque que datent ses premiers dessins parmi lesquels on retrouve « L’Enfant Jésus ».

Il poursuit ensuite ses études à l’Athénée Royal de Mons pour s’inscrire ensuite à l’Académie des Beaux-Arts où il sera élève d’Antoine Bourlard pour le dessin et d’Auguste Danse pour la gravure.

En 1891, Charles Bernier participe au concours de Rome et le remporte.

L’année suivante, il s’inscrit aux Beaux-Arts à Paris et en 1893 il est lauréat du salon des Artistes Français à Paris avec trois gravures :

  • Portrait de Jacqueline de Caestre, d’après Rubens,
  • Job d’après Bonnat,
  • Le Fumer d’après Brauwer.

Par la suite, il participera à l’Exposition Internationale d’Anvers, rencontrera Verhaeren avec lequel il tissera des liens professionnels intéressants qui donneront naissance à de nouvelles orientations ; les portraits et, plus tard, les paysages champêtres. Il fondera, dans son village, la société d’Art Dramatique « Les Résignés ». Mais surtout, il grave en taille-douce, deux estampes : « Les Vieux » et « Les Vieilles ».

Par la suite, en 1922, Bernier sera nommé Inspecteur de l’Enseignement de Dessin dans les établissements d’enseignement moyen et primaire soumis à l’inspection de l’Etat, grâce à son ami Fulgence Masson et il sera nommé plus tard membre du jury chargé de délivrer les diplômes d’aptitude à enseigner le dessin dans les écoles moyennes et dans les écoles normales ;

En 1932, Charles Bernier prendra sa retraite d’Inspecteur de Dessin et c’est à Angre que l’artiste reviendra mourir le 9 juillet 1950, à l’âge de 79 ans, au milieu des gens simples qu’il avait immortalisés à travers son œuvre.

Haut de la page


COULON Edouard

Edouard Coulon est né à Wihéries le 20 février 1909. Il est fils et petit-fils de menuisier-ébéniste. Tout jeune mais voulant respecter la tradition familiale, il s’inscrivit aux cours de l’Ecole des Arts et Métiers de Saint-Ghislain d’où il sortit brillamment. Non encore satisfait complètement de la formation qu’il y a reçue, il ira ensuite étudier la sculpture, le modelage et le moulage à l’Académie des Beaux-Arts de Mons où il obtiendra deux premiers prix d’excellence avec distinction ainsi que la médaille de bronze de l’Etat.

Sa véritable passion est la sculpture. Il travaille la pierre, le bois, le marbre, le bronze ou le plâtre.

Modeste de nature, il travaillera dans l’ombre de son village, tout comme Victor Regnart. Tout comme ce dernier, Edouard Coulon est lauréat de nombreux concours européens dont celui de Rome en 1935 et 1938.

Il fût aussi lauréat au concours de Lutèce, Mons, Bruxelles, Beloeil et Charleroi. Et reçu également la Palme d’Or des Beaux-Arts de Monte-Carlo.

Le réalisme d’Edouard Coulon est doux, sensible, agréable à l’œil, parfois même carrément sensuel (c’est celui de la beauté de la femme du peuple, de l’amour filial, de la beauté, de la fraternité), un style où la beauté du corps et du visage humain s’identifie avec la vérité foncière.

Le style de Coulon porte la marque d’une indiscutable authenticité et d’une pureté des lignes qui n’a rien d’inhumain. Répudiant la froideur de l’abstraction, de la simple forme géométrique, le sculpteur, restitue la vie et l’esprit, à la chair chaude et sensuelle.

On salue en Edouard Coulon un « classique » provenant du vivant, du vécu, du vrai et non pas du classqiue académique.

Haut de la page


DEBOVE Charles

C’est à Elouges que naquit et vécut Charles Debove, archéologue de réputation internationale. Chercheur infatigable, il devait mettre à jour les témoins du riche passé historique de sa commune, depuis l’âge de la pierre jusqu’à la fin du Moyen Age. Ses trouvailles religieusement identifiées, classées, constituaient un musée personnel de grande valeur qu’il offrit aux édiles élougeois. Hélas, cette généreuse initiative connut un triste sort. Le registre des délibérations du conseil communal de 1878 contient cette note à la fois désobligeante et décevante : la commune n’a que faire des « viès cayaux eyé des pots rompus » de Charles Debove.

La collection fut vendue en 1899, après le décès de C. Debove. Le village perdait une richesse inestimable.

Actuellement, une salle du musée Mulpas lui est consacrée.

Haut de la page


DUFRANE Joseph dit « Bosquétia »

Symbole de Frameries, Joseph Dufrane y est né en 1833 dans le quartier du Grand Trait. Ce qui fait, oh perfidie, que le barde de l’esprit « Framerisou » a vu le jour…à la Bouverie, qui s’intègre alors encore à Frameries.

Joseph a treize ans quand La Bouverie devient entité autonome, mais la famille Dufrane quitte le Grand Trait pour le centre de Frameries. Ainsi, l’adolescent reste-t-il framerisois.

En 1854, Joseph Dufrane dirige les vingt-cinq musiciens de la « Ducale Fanfare », formation aujourd’hui disparue dont il fut un des fondateurs. Il assume les mêmes fonctions à la Royale Lyrique de la Bouverie. Organiste, chansonnier, compositeur, on le voit même tâter de l’aquarelle et il atteint ainsi la quasi-cinquantaine sans qu’on lui connaisse la moindre production patoisante.

En juin 1879, Joseph Dufrane habite à Bruxelles et sans doute sous l’effet de l’éloignement, c’est le coup de génie. En voyage à Mons, il rencontre une vieille dame qui lui parle de Frameries avec des mots d’une telle simplicité qu’il en est tout ébranlé. Dans le courant de la conversation, on a parlé de Bruxelles, de Frameries, et on a, bien sûr, comparé les deux, la vieille dame laissant échapper dans un murmure, dit-on : « Bruxelles, enn’ c’est nie co Fram’ris ».

Ce sera le titre et le thème d’une chanson qui fera frémir des générations de gens de Frameries et aussi du Borinage.

Joseph Dufrane va assumer la chronique patoisante du « Tambour Battant », et pour elle, il va choisir un pseudonyme : « Bosquetia », le mot en patois de Frameries qui veut dire écureuil, ce petit animal à la fois souple, vif et courageux. Cela va devenir tellement symbolique de l’auteur et de son village que les jeunes se rappellent, plus facilement, le pseudonyme que le nom réel de l’écrivain.

En 1890, Joseph Dufrane dirige « Les Houillères Unies » de Gilly.

En ce temps-là, le théâtre wallon connaît une grande vogue de Liège à Tournai.

A un ami de Frameries, venu lui rendre visite, Bosquetia présente deux pièces qu’il vient d’écrire : « El Parvenu », et « El Cron Saudart », toujours sous la griffe du petit écureuil.

En peu de mois, un cercle des « Bosqueetia » voit le jour. De 1890 à 1895, ce cercle joue de nombreuses pièces de Dufrane, de Frameries et ses environs jusqu’à Malplaquet.

Le bénéfice va à des œuvres philanthropiques, et il s’avère rondelet car partout, les pièces de Bosquetia rencontrent un succès retentissant.

Joseph Dufrane traduit, à sa manière, les grands auteurs, Racine par exemple. Ses œuvres perpétuent un dialecte propre à entretenir les traditions et à exprimer l’âme de tout un peuple, depuis la simple anecdote en prose, la chanson, les monologues, le théâtre, et surtout, ses petites fables. Tous expriment un amour profond du terroir.

L’œuvre de Bosquetia reste vivante malgré le recul du temps, parce qu’elle exprime mieux les gens d’ici, alliant la justesse d’observation à la facétie. Les œuvres de Bosquetia ont été éditées en volumes à six reprises, des volumes tous épuisés aujourd’hui.

Nul autre que Bosquetia n’a franchi, en littérature boraine, les limites étroites imposées par le dialecte. Bosquetia est universel. Au pied du monument érigé à sa gloire au Square du Général Leman, monument inauguré en 1913 en présence de Verhaeren, une hiercheuse lit quatre vers gravés sur un bas-relief :

« A tous les bell’s fill’s qui m’liront
A tous les bons zics qui m’cantront
Dju promets mille ans d’indulgeince
Et l’paradis pour recompeinse ».

ENN C’EST NIE CO FRAM’RIS

« On tit toudé, pu ou moins à s’villâche,
Qu’on fuss’ de Cuesm’, de Djumappe ou d’Quar’gnon.
El cie qu’est v’nu au monte au Pasturâche,
Enn compreind nie qu’on puss’ vîfe à Blaton.
Mais pou trouvei des patriotes ein l’âme,
Qui n’se plait’nt foc à l’omp’ de leu cloqui,
Fut-ce in ouvrie, in monseu, in’ madame,
Faut dallei à Fram’ri’s (Bis)

D’ju racontoûs mes voyâch’s ein All’magne,
L’hivier passé à in vrai Framisou,
Dju li disoûs qu’dj’avoûs sté ein Espagne,
Au diâpe, ein Chine, Afrique, au Pérou.
Qués bias payès ! diois-j’, quées belles !
Pour vir tout çà, on a pau d’ses deux ys.
Enn’magnez nie, dist’è leyèz-m tranquille
Enn c’est nie co Fram’ri’s (Bis)

Pusquè vos sté rassotè d’vo villâche,
Dis-je au gaillard qui m’destrivoût ainsè,
Si vos volez, nos f’rons in p’tèt voyâche,
Pou vos fei vir què dju n’ai nie meintè.
Qué soit’, dist-è, ein avant l’ai dè rire,
Partons tout d’suit’, mais pourtant dju n’dout’nî
Qu’après tout djeuïe, d’pourrai pu qu’djamaus dire :
Enn c’est nie co Fram’ri’s (Bis)

Nos v’la partès, nos passons pa Brucelles,
Nos visitons tous les bias monumeints,
Nos reincontrons, des monseus, des mam’zelles
Hab’ies ein soie, ein v’lours et ein satin,
Dju li fais vir les gal’ries Saint-Hubère
Arrivant là, i dès : què çà m’plaît bî.
C’est l’prumièr’ rue què d’vois couvrie ein verre
Mais n’c’est nie co Fram’ri’s (Bis)

Nos avons vu l’pétèt bonhomme qui piche
L’hôtel dè ville eiet l’palais dou Roi,
Des grant’s postur’s qui n’ont ni cott’s qu’mîche,
Des laitès gueul’s et des djolès minois.
Nos avons bu dou faro, dou lambique,
Vingt sort’s dè bière à fei pètei les ys :
El Framisou crioût : dj’ai in’bonn’ chique,
Mais n’c’est nie co Fram’ri’s (Bis)

Einfin au nûte, au gardin zorlogique,
Dj’ai bie peinsé qui dalloût s’amuei,
Ein einteindant les Guids fei dè l’musique,
Ein ascoutant les Bruxellois cantei ;
Au seur, dist-è, çà c’est des cranès fiètes
Et qui n’a nie in fiane à leu r’prochî,
Ein c’gardin-cè, il a branmeint des biètes,
Mais n’c’est nie co Fram’ri’s (Bis)

Ein wuidant d’là, pou ach’vei no soirée,
D’ju li propose in p’tèt tour dè boul’vard,
I fisoût bia, el tamps eit à l’dgèlée,
I n’août nie in’ papiette dè brouillard.
V’la qu’tout d’in cômp, nos viyons sans lunettes,
L’estoile à queue, pus lonqu’qu’in djoue sans m’gnî :
Bah ! dist-è l’loss’ pou vir des beil’s comètes,
I faut v’nie à Fram’ri’s (Bis)

Pus tard i m’dèt : què d’vouroûs,
Poux m’einrallei sans atteinte el convoi ;
Pus c’qu’on voyâch, pus c’qu’on s’ein d’aperçoit
D’mân au matin, tout à l’piquette dou djoue,
A l’estation dju sarai tout prumî
Tout can qu’dj’ai vu à Brucelles, dju m’ein f…
Enn c’est nie co Fram’ri’s (Bis)

A l’prumière’heur’, comm’ pou dallei ein taille
Il avoût d’djà einfuté ses deux bott’s.
Nos perdons l’train, par malheur i dèraille,
V’la m’compagnon scouaté comm’in figott’.
In’ pauvé z’âme mène ell’sienne à Saint-Pierre,
Et ein passant, li mousse et paradis,
C’est bia, dist-è, mais n’vos fait’s nié si fière,
Enn c’est nie co Fram’ri’s (Bis)

Haut de la page


MASSON Fulgence

Né à Dour, le 16 février 1854, Fulgence-Benoit Masson fit ses études de Droit à l’Université de Liège. Diplômé avocat en 1875, il prêtera serment le 15 octobre de la même année. Inscrit au tableau de l’Ordre en 1878, il y restera pendant plus de soixante ans.

Jeune docteur en droit, il suivit des cours à la Sorbonne à Paris.

Il épousa Clara-Judith-Elisa Duquesnes, née à Audregnies le 18 octobre 1852. De 1880 à 1894, il siégea au Conseil Provincial. Elu conseiller communal à Mons le 3 juin 1885, il entamera en janvier 1888 un échevinat qui durera plus de trente années.

Grande personnalité du barreau de Mons, il eut le grand honneur d’être trois fois bâtonnier, ainsi que Président d’Honneur des Avocats Belges. Du 29 mai 1904 au 18 juillet 1933, il siégera au parlement. En 1913, lors du mouvement populaire réclamant l’égalité du droit de suffrage, il parvint à rallier l’Assemblée à une solution apaisante et conciliatrice.

En novembre 1918, à son retour de captivité en Allemagne, il fut appelé dans les Conseils de la Couronne.

Ministre de la Guerre, du 24 novembre 1918 au 4 février 1920, dans le cabinet Delacroix, il eut la lourde tâche de présider à la rentrée dans leurs foyers des soldats du Roi Albert, de veiller au sort des invalides, des mutilés, des orphelins. Il fut Ministre de la justice du 16 décembre 1921 au 13 mai 1925 dans le Premier Cabinet Theunis.

Le 13 mai 1925, le Roi l’élève à la dignité de Ministre d’Etat et le 30 juin 1934, il reçoit la plus haute marque d’estime royale par l’octroi du Grand Cordon de l’Ordre de Léopold pour une vie qui appartient à l’histoire du Pays.

Masson fut aussi l’un des fondateurs du journal « La Province ». Quelques années auparavant, il fit acquitter le marchand de journaux de Wihéries, Fabien Gérard, accusé d’avoir trempé avec 26 comparses dans un complot destiné à renverser la monarchie et à mettre en place des institutions républicaines.

Haut de la page


MONEUSE Antoine-Joseph

Antoine-Joseph Moneuse, né à Saint-Vaast-les-Vallées en 1768, a fortement marqué la population des Hauts-Pays.

Ce sinistre bandit, pillard de fermes isolées, coureur infatigable de jupons et ivrogne invétéré, a semé, dans le Hainaut et le Nord de la France, une immense terreur.

La peur était si forte que toute habitation un peu isolée se transformait en une véritable forteresse, afin de faire face à une éventuelle attaque de Moneuse et sa bande.

Même au niveau des pouvoirs publics, le simple fait de prononcer le nom de Moneuse faisait trembler.

Ce terrible bandit ne prenait même pas la peine de se cacher. Qui aurait osé le dénoncer ?

Moneuse fut tout de même arrêté en 1787, à la maison du sieur Allard, cabaretier à Petit-Quévy. Et ce jour là, la prise fut bonne ! Outre, Antoine-Joseph Moneuse, ce fameux brigand sévissant dans toute la région, il y avait là : Nicloas-Joseph Gérin, dit Jean-Pierre, de Ciply ; Alexandre Buisseret, dit Mongros, de Frameries et enfin, le tenancier même de ce louche établissement.

Le soir de l’arrestation, ils furent tous écroués à la prison cantonale d’Asquillies, au grand soulagement de toute la population.

Le procès de Moneuse put enfin avoir lieu mais la crainte était si forte que, même après son arrestation, beaucoup de langues n’ont pas osé se délier.

Moneuse fut exécuté à Douai en 1798.

Haut de la page


MULPAS Georges

Georges MULPAS, échevin de l’instruction publique dès 1959 et bourgmestre de 1961 à 1971, fut un mandataire scrupuleux, s’occupant activement et efficacement de tous les aspects de la vie de sa commune, Elouges, qu’il aimait par dessus tout.

Monsieur Mulpas fut, aussi, sa vie durant, un mélomane averti, un musicien passionné et un saxophoniste réputé de la fanfare « Les Ouvriers Réunis ». Connaissant sa sensibilité musicale, les chefs de musique successifs ne manquèrent jamais l’occasion d’en appeler à son talent pour assurer les solos les plus difficiles.

Monsieur Mulpas fut aussi un animateur culturel ; un découvreur de talents à qui nous devons la mise en valeur de nombreux artistes ou chercheurs locaux tels que Charles Debove, Victor Regnart ou encore Edouard Coulon.

On ne peut oublier les magnifiques expositions qu’il organisa en 1955, en 1958 et 1965. Toutes marquèrent d’une pierre blanche la vie culturelle d’Elouges.

En 1967, il entreprit une série de conférences sur « Elouges et son histoire ». En 1968, Georges Mulpas, parti de presque rien, décida d’ouvrir pour la première fois les portes du musée communal au public et, ceci, à l’occasion de la Commémoration du 80e anniversaire de la mort de Charles Debove, archéologue élougeois.

Haut de la page


MUSIN Louis

Louis Musin, éditeur, journaliste, poète et mandataire public, est un fils d’Audregnies.

Il écrit ses premiers vers, bucoliques et naïfs, à onze ans. Six années plus tard, il part pour l’Angleterre. Son vœu ? S’engager dans la marine et se battre pour son idéal de liberté.

Dans son livre « Ma guerre et mes dentelles », il raconte cette épopée adolescente où on le retrouve deuxième classe de la Brigade Piron, puis parmi les libérateurs du pays. Il se fixe alors dans la capitale.

Il publie, en 1951, son premier recueil de poèmes. Il devient Président des Jeunesses Littéraires de Belgique puis il publie, à Paris, « Silences de la Terre » et devient diffuseur de presse enfantine.

En 1958, Louis Musin s’établit définitivement en qualité d’éditeur. Après plusieurs années de travail, il publie « L’éternel aujourd’hui de Michel de Ghelderode » de Jean Francis, œuvre maîtresse de l’édition belge dira la critique du Journal « Le Monde ».

Son souci de communiquer l’amène à s’intéresser à la chose publique, il devient conseiller communal de la ville de Bruxelles, une ville qu’il aime aussi profondément que son petit village natal.

Haut de la page


PIERARD Louis

Louis Piérard fut bourgmestre de Bougnies. Il a marqué tout autant Frameries et le Borinage, réservant aussi une place en son cœur à Paris, la Ville Lumière où il rend son dernier soupir le 3 novembre 1951.

Louis Piérard voit le jour le 7 février 1886, dans une famille nombreuse et modeste. Ses deux grands-pères travaillent au fond des charbonnages, et cela amène le père, Firmin, à se révolter contre les injustices du temps. Firmin Piérard se lance à corps perdu dans le socialisme naissant, aux côtés d’Emile Vandervelde et de Jules Destrée.

Le suffrage des ouvriers fait de lui le bourgmestre de Frameries. Cet atavisme marque fortement le fils. A onze ans, Louis prend, pour la première fois la parole en public. S’il récite alors deux monologues de Bosquetia, recevant en récompense…un porte-plume, il se découvre un talent de tribun : quatre ans plus tard, il prononce son premier discours, politique celui-là. Cela se passe dans la rue, à Cuesmes, aux côtés de Joseph Delsaut (fusillé par les Allemands en 14-18).

Quand Louis Piérard termine ses études à l’Athénée de Mons, il se lance, immédiatement, dans l’action d’éducation populaire et crée à Frameries une Université du peuple, la plus ancienne du pays après celle de Gilly.

On y entend Henry Lafontaine, Louis de Brouckère, Paul Heupgen, Louis Caty,…

En 1919, les premières élections au suffrage universel pur et simple envoient Piérard à la Chambre des Représentants ; il va y siéger durant trente-trois ans.

Outre son action en faveur de la culture des masses, il lutte pour l’environnement et s’insurge contre les taudis, la laideur des lieux de travail.

Mais il défend, aussi, les arbres, la forêt, ce qu’il appelle les « poumons des villes ». Piérard lutte ainsi pour sauver la forêt de Colfontaine.

Qui, en ces temps-là, parle d’écologie ? Pionnier, Louis Piérard l’est en tout : ami des peintres, des sculpteurs, des céramistes, il organise les premières expositions d’art belge à l’étranger.

Il dépose, aussi, une proposition de loi instituant « l’œuvre nationale de l’éducation populaire pour les loisirs du travailleur » et une autre créant le « fonds national de littérature », destiné à venir en aide aux jeunes écrivains.

Ami de Maeterlinck et de Verhaeren, on lui doit le tombeau de celui-ci au bord de l’Escaut, et la sauvegarde de la maison du poète à Angre, là où les deux hommes s’étaient rencontrés si souvent.

Sa plume alerte rédige des articles publiés dans « Le Soir », « Le Peuple », « Le Times » de Londres, et le journal argentin « La Prenza »… Piérard, par son talent et sa conviction, défend ardemment les exilés victimes du fascisme de l’Entre Deux-Guerres. Mais il n’oublie pas Bougnies où il crée un centre de vacances et un théâtre de verdure.

Ainsi était Louis Piérard… Il laisse une œuvre d’écrivain assez importante, dont un ouvrage remarquable consacré à la vie de Vincent Van Gogh, traduit en plusieurs langues. On retiendra encore un « Aimons les arbres », anthologie préfacée par Verhaeren, et ornée d’un frontispice gracieux dû au graveur liégeois Auguste Donnay.

Louis Piérard, défenseur de la nature, promoteur des arts et des artistes en milieu ouvrier, homme au talent généreux, repose au cimetière de Frameries.

On l’a porté en terre depuis la Maison du Peuple, un soir de novembre 1951, alors que tombait la brume, par grand vent, à la lueur des flambeaux voilés de crêpe.

Haut de la page


REGNART Victor

Victor Regnart naquit le 26 janvier 1886 à Elouges.

Issu d’une famille aimant l’art, il fut étroitement surveillé et conseillé tantôt par son père, tantôt par son oncle également peintre décorateur très apprécié dans la région ou encore par son grand-père, peintre à Elouges.

Il manifesta très vite les multiples talents dont il avait hérité. En effet, dès l’âge de 9 ans, il se distinguait déjà au cours de dessin. A l’âge de 12 ans, ce don se confirma. En cette année, alors qu’il tenait compagnie à une tante alitée, son oncle lui tendit une feuille et un crayon et le posa devant un masque en plâtre. L’adolescent passa toute l’après-midi à dessiner le masque. Le résultat fut à ce point révélateur pour son entourage que le choix de son avenir fut arrêté : il devait être peintre.

Victor Regnart entra alors à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Mons en 1900. De 1902 à 1907, il collectionna les résultats les plus édifiants. Ensuite, il poursuivit ses études à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles de 1908 à 1909 et s’inscrivit plus tard à l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers où il fit encore l’unanimité.

En 1911, il termina second au Grand Prix de Rome, derrière son condisciple Louis Buisseret.

Après avoir fait de brillantes études et remporté les épreuves les plus difficiles, Victor Regnart retourna dans sa famille.

Il décida de ne plus quitter son village et employa tout son temps à le regarder avec amour, à le dessiner et à le peindre. En effet, que ce soit sous la pluie ou sous la neige, par le froid matinal ou aux lueurs du couchant, nous retrouvons dans toutes ses œuvres les vieux corons d’Elouges.

Né à l’époque des grands bouleversements économiques, Victor Regnart a été profondément touché par ces événements inhérents à la première Révolution industrielle. Il se pencha sur le sort des humbles et traduisit dans son œuvre l’atmosphère sociale régnante. Contrairement aux autres artistes, Victor Regnart n’a réalisé que très peu d’œuvres représentant le mineur dans la mine ou encore le travail des femmes et des enfants. Néanmoins, même si ces problèmes sont à peine évoqués, ses peintures et ses gravures révèlent une approche suffisante afin que nous puissions mieux comprendre dans quelles difficultés et au milieu de quels dangers ces hommes et ces femmes ont dû travailler.

A travers son œuvre, il a su donner à cette région rude et sombre, une certaine poésie en même temps qu’une beauté grave et forte.

Les centaines de toiles et de gravures qu’il a réalisée montrent un exceptionnel don de l’observation et d’émerveillement, allié à une maîtrise parfaite de la palette et des techniques de gravures.

Sa palette riche et variée au début de sa carrière prendra des tonalités plus sombres par la suite. Mais, là, ne s’arrête pas le renouveau : encouragé par ses amis, l’artiste accorde enfin à son village natal le privilège de le connaître : trois expositions (1956, 1958 et 1962) couronnent une carrière féconde. C’est hélas le chant du cygne : la vue de Victor Regnart faiblit, sa santé s’altère, et celle de son épouse Marie ne vaut guère mieux.

Ce couple amoureux de l’art, vivant pour l’art, s’éteindra à Wihéries : elle, le 15 octobre 1964, lui, trois semaines plus tard, le 9 novembre.

Haut de la page


VERHAEREN Emile

Verhaeren (1855-1916) séjourna au Caillou-qui-bique les quinze dernières années de sa vie avec son épouse, Marthe, de 1899 à 1914. Il y reçut Lemonnier, Destrée, Piérard et Stefan Zweig.

Verhaeran évoque le Caillou-qui-bique dans « Les heures d’après-midi ».

Avec les meubles chers
peuplant l’ombre et les coins
où nous vivons à deux
ayant pour seuls témoins
les roses qui regardent
par les fenêtres.

C’est là que vient lui rendre visite le jeune Stefan Zweig (1881-1942), admirateur de Verhaeren avant de devenir un des plus grands romanciers du XXe siècle.

Verhaeren entretint une correspondance suivie avec le critique et essayiste danois Georg Brandès (1842-1927), celui que Nietzsche appelait « le bon Européen ».

Poète officiel belge, Verhaeren suscita la verve de Boris Vian qui en parodie la grandiloquence et l’abus d’assonances dans :

Les villes tenta
Les vils tatas
Les vils tata culai reu.

Mais Verhaeren réussit aussi à traduire l’apaisement de l’amour…
…après le désir criant sa violence

J’entends se rapprocher le régulier bonheur
Avec des pas si doux qu’ils ne sont que silence

…comme il sait dépeindre la brutalité et la ruse du pouvoir qui émanent de tant de statues déparant les parcs et les places publiques :

Il se sentait la force étroite et qui déprime,
Tantôt sournois, tantôt cruel et contempteur,
Et quand il se dressait de toute sa hauteur
Il n’arrivait jamais qu’à la hauteur d’un crime
(…)
Si bien qu’il apparaît sur la place publique
Féroce et rancunier, autoritaire et fort.
Et défendant encore, d’un geste hyperbolique,
Son piédestal massif comme son coffre-fort.
(Une statue).

Haut de la page

Ecrivez-nous!